Giniel de Villiers
Pilote du pick-up Nissan n°208

Pour cette dernière interview, j'ai passé un moment avec Giniel de Villiers. Son nom sonne français et les Français le prononcent donc à la française. Mais Giniel est sud-africain, son patronyme doit donc être prononcé à l'anglaise. Pourtant, la langue maternelle de Giniel est l'Afrikaans et son anglais est teinté d'un léger accent. Cette longue interview réalisée lors de la journée de repos vous permettra de rentrer dans l'intimité de ce passionné.

JM: "Commençons par des questions simples. Quel âge as-tu ? Es-tu marié ? As-tu des enfants ?"
Giniel de Villiers (GD) : "J'ai 31 ans et neuf mois. Je suis célibataire et je n'ai pas d'enfant. Pour le moment ça va, c'est pas trop compliqué."

JM : "Tu es sud-africain n'est-ce pas ? Où habites-tu ?"
GD : "Je suis né et j'ai grandi en Afrique du sud. J'habite à Stellenbosch, une petite ville près du Cap célèbre pour son vin."
JM : "Raconte-nous un peu ta carrière."
GD : "Il y a environ 14 ans, en 1990, j'ai commencé à faire des courses sur circuits en Afrique du sud. En 1994, j'ai commencé à piloter des voitures Nissan du Groupe N. Pour ma première année, j'ai gagné le championnat. En 1995 et 1996, j'ai piloté des voitures de super-tourisme, puis en 1997 et 2000, je me suis engagé en grand tourisme, catégorie dans laquelle j'ai remporté le championnat au volant d'une Nissan Primera. Quand Nissan Afrique du sud s'est retiré des courses en circuit en 2001, je me suis tourné vers le hors-piste. Cette année là, j'ai fait équipe avec François Jordaan. Pour notre première expérience, nous avons remporté le championnat. Je participe encore à ces compétitions. L'an dernier j'ai fait mon premier Dakar."

JM : "Qu'est-ce qui t'as amené à la course automobile ?"
GD : "J'ai piloté ma première voiture de course à l'âge de 17 ans. J'aime ça depuis que je suis tout petit. Quand j'avais à peine quatre ans, mon père m'a fabriqué un petit kart pour que je puisse faire des tours de ferme. Tous les petits garçons rêvent d'avoir leur propre voiture ; mon père a réalisé ce rêve en me fabriquant ce kart. C'est là que tout a commencé ; depuis, je n'ai pas lâché le volant. Mon père est un fou de sports mécaniques. Il a fait quelques rallyes. Sans me conditionner, il m'emmenait toujours avec lui sur les épreuves. Je pense que c'est comme ça que j'ai attrapé le virus. Quand on voit les autres faire, on a envie d'essayer. Voilà comment je suis arrivé dans le sport automobile."

JM: "Tu as fait des courses avec le kart fabriqué par ton père ?"
GD : "Non non. C'était juste un petit kart sans prétention, pour faire des tours de ferme. Je n'ai jamais fait de courses de kart. C'est avec les voitures du Groupe N que j'ai commencé les courses automobiles, à 17 ans."

JM : "En Afrique du sud, à quel âge peut-on passer son permis de conduire ?"
GD : "A dix-huit ans. Mais on peut avoir un permis débutant à 17 ans ; c'est d'ailleurs un permis de ce genre que j'ai utilisé pour faire mes débuts sur les circuits. J'étais bien décidé à apprendre le métier."

JM : "Très bien, revenons maintenant au passé plus récent. Peux-tu nous en dire davantage sur tes courses hors-piste ?"
GD : "En 2001, j'ai fait équipe avec François et ç'a été le début de mon expérience en hors-piste. Cette année-là, on a gagné le championnat de justesse, de trois points. Ce titre m'a fait vraiment plaisir."
JM : "Comment es-tu arrivé sur le Dakar 2003 ?"
GD : "Nissan Afrique du sud avait envoyé deux pick-up au Team Dessoude pour le Dakar 2002. A cette époque, certains d'entre nous sont allés à Atar, sur le parcours du rallye, pour voir à quoi ça ressemblait. C'est là que le manager du Nissan Rally Raid Team m'a demandé si j'étais intéressé. J'ai dit oui sans hésiter ! C'est comme ça que j'ai pris le départ de l'édition suivante."

JM : "Comment s'est passé ton baptême du feu l'an dernier ?"
GD : "Ç'a été une accumulation de premières expériences. C'était la première fois que je faisais une course aussi longue. Le Championnat d'Afrique du sud ne dure qu'un ou deux jours. Là, je me suis retrouvé à disputer une épreuve de 18 jours. La préparation mentale est tout à fait différente, mais j'ai vraiment aimé ça. Cette 5ème place au général pour une première tentative a quand même été un peu trop flatteuse. J'ai engrangé une expérience précieuse pour l'avenir. Le Dakar a toujours été mon grand objectif. Dès mon plus jeune âge, quand je le regardais à la télévision, je m'imaginais déjà en train d'y participer. Et puis j'ai eu ma chance. J'en profite au maximum. Je serai vraiment très heureux si j'arrive à l'arrivée. Mais ça, c'est un travail d'équipe, une équipe dont je suis fier de faire partie."

JM : "As-tu apprécié ton premier Dakar ?"
GD: "Oui. Parfois, ç'a été dur, certains jours, on a rencontré des problèmes, mais c'est pareil pour tout le monde. C'est en franchissant ces obstacles pour rallier l'arrivée que l'on éprouve cette sensation du devoir accompli. Quand je pense aux galères que j'ai dû traverser, je ressens toujours de la satisfaction."
JM : "Tes bons résultats de l'an denier t'ont-ils encouragé à revenir cette année ?"
GD : "On veut toujours s'améliorer. J'ai fait le rallye l'an dernier mais ce n'était pas un Dakar classique, sur la côte ouest. Et l'arrivée a été jugée en Egypte. Cette année, je suis très motivé pour arriver à Dakar. Car cette fois, c'est le vrai Dakar. C'est une épreuve très difficile mais tout le monde veut y participer. On ne regrette pas d'être revenus."

JM : "Tu as participé à d'autres épreuves de la Coupe du monde de rallyes raid. En quoi sont-elles différentes du Dakar ?"
GD : "J'ai fait des rallyes raid en Tunisie, au Maroc et aux Emirats arabes unis. Certaines étapes étaient aussi difficiles que sur le Dakar, mais les distances étaient plus courtes. Le rallye de Tunisie dure sept jours, celui du Maroc cinq, mais le Dakar se court sur 17 ou 18 jours. En plus de la durée, il y aussi les distances à parcourir, qui sont très longues."

JM : "Que fais-tu quand tu ne pilotes pas ?"
GD : "Ces deux dernières années, je n'ai fait que ça. Entre la préparation pour le Dakar et le développement des véhicules, je n'ai pas le temps de faire quoi que ce soit d'autre. En Afrique du sud, j'ai une agence de développement immobilier avec deux amis. Et j'ai aussi un bar à Stellenbosch."

JM : "Comment s'appelle ton bar ?"
GD : "Le Nubar. Stellenbosch compte 20 000 étudiants ; ce bar leur est destiné. Les deux amis dont je viens de te parler m'ont incité à prendre des parts dedans en précisant bien qu'ils s'occuperaient de tout. J'y vais juste pour boire la bonne bière bien fraîche qu'ils y servent… Que veut dire 'Nubar' ? Je ne sais pas. C'est venu comme ça."

JM : "Quels sont tes loisirs ?"
GD : "J'aime le grand air. De temps en temps, je fais du VTT en compétition. C'est bon pour ma préparation. J'aime aussi le kite surfing (planche de wake tractée par une aile volante). Il y a le vent qu'il faut chez moi, j'en fais souvent quand il fait chaud l'été. J'habite à dix minutes de la plage. Deux ou trois heures de kite surfing, c'est parfait pour se rafraîchir. A part ça, je fais du golf. Quand j'ai le temps, j'y vais avec un ami le samedi ou le dimanche. En gros, j'aime toutes les activités physiques."
JM : "Revenons-en au Dakar. Quand as-tu entamé ta préparation ?"
GD : "Je peux dire que j'ai commencé sitôt la dernière édition terminée. Pour ce qui est de ma préparation personnelle, je m'entraîne pour arriver en bonne forme sur le Dakar. Comme on n'a pas trop le temps de dormir pendant la course, il faut travailler sa résistance. Les essais et les autres épreuves de la Coupe du Monde font également partie de ma préparation au Dakar. J'aime passer du temps à m'entraîner dans les dunes. En Afrique du sud, il y a du sable, mais pas de terrain similaire à celui du Dakar."

JM : "Tu penses avoir eu assez de temps pour t'entraîner pour cette édition ?"
GD : "Personnellement, je pense que je me suis autant entraîné que l'an dernier. Mais j'ai tenu à réaliser davantage d'essais de développement. Ce n'est que notre deuxième année sur le Dakar ; on rencontre donc pas mal de petits problèmes. Il est impossible de gagner le rallye sans avancer. S'il vous contraint à vous arrêter pendant une étape, un petit problème peut avoir de grosses répercussions. Il faut améliorer la fiabilité des voitures et s'assurer d'avancer sans arrêt."
JM : "As-tu quelque chose de particulier à signaler jusqu'ici ?"
GD : "C'est dur, mais c'est bien. Le deuxième jour, j'ai malheureusement fait un tonneau. Heureusement, je n'allais pas vite, j'étais en première. Après, les choses se sont plutôt bien passées. J'ai signé pas mal de deuxièmes et troisièmes places. Ensuite, on a connu plusieurs problèmes graves qui nous ont fait perdre plusieurs heures. J'ai donc été décroché du premier wagon. Mais on n'est pas mal quand même. Aujourd'hui, on est onzièmes, mais il reste encore cinq étapes et je compte bien gagner quelques places. En tout cas, mon objectif premier, c'est d'arriver à Dakar. Je vise les dix premières places, ce qui est dans mes cordes je pense. Je vais revenir l'an prochain, donc affaire à suivre."

JM : "On va donc te revoir sur le Dakar 2005 ?"
GD : "Oui, je le souhaite en tout cas. Je tiens absolument à relever un autre défi. C'est génial de pouvoir participer à une épreuve de cette ampleur. On a encore beaucoup de choses à faire. On n'a pas le droit de s'arrêter là dans notre progression."
JM : "Le Dakar et toi, ça va durer combien de temps ?"
GD : "Question difficile. Pour décider de continuer, il faut avoir de bons résultats. Et ça, c'est aléatoire."

JM : "Comment vois-tu ton avenir ?"
GD : "Je suis encore à fond dans le sport automobile et je veux encore continuer pendant de nombreuses années. Tant que je prendrai plaisir, je continuerai. C'est difficile de décrocher quand on a ça dans le sang."

JM : "Un message pour nos lecteurs ?"
GD : "Je suis très honoré de tout le soutien que j'ai reçu de la part des fans du monde entier. J'ai beaucoup apprécié les nombreux messages d'encouragement. Je sais que nos supporters seront toujours derrière nous, même dans l'adversité. Je suis sûr que nos allons réussir de bons résultats dans un avenir proche. En tout cas, on va tout faire pour. On reçoit beaucoup d'encouragements de la part des Sud-africains. J'aimerais les remercier en particulier. Ça nous donne du baume au cœur. Merci beaucoup."

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